FAIRE
v. a.
- (Je fais, tu fais, il fait ; nous faisons, vous faites, ils font. Je faisais. Je fis. J'ai fait. Je ferai. Je ferais. Fais. Que je fasse. Que je fisse. Faisant.) Créer, former, produire, engendrer. Dieu a fait le ciel et la terre. Les merveilles que Dieu a faites. Dieu a fait toutes choses de rien. Il n'y a que Dieu qui puisse faire quelque chose de rien. La nature est admirable dans tout ce qu'elle fait. Une femme qui fait de beaux enfants. Une jument qui a fait un poulain. Quand une bête a fait ses petits.
- Prov., Qui a fait l'une, a fait l'autre, se dit en parlant De deux personnes, de deux choses qui se ressemblent entièrement.
- Fam., Faire un enfant à une femme, La rendre enceinte.
- Cet enfant fait ses dents, Les dents lui viennent.
- FAIRE, signifie aussi, Fabriquer, composer, produire, en parlant De toute oeuvre matérielle de l'art, de l'industrie humaine, ou de l'instinct des animaux. Faire un bâtiment. Faire une machine. Faire des outils. Faire une bague, un collier. Faire du pain. Faire de la pâte. Faire du vin, de l'huile. Faire du feu pour se chauffer. Faire de la glace par des procédés chimiques. Faire du sucre. Faire des bas, des chapeaux. Faire un habit. Faire du drap, de la toile, de la tapisserie. Un oiseau qui fait son nid. Une araignée qui fait sa toile. Des castors qui font une digue.
- Il se dit, dans le même sens, en parlant Des oeuvres de l'intelligence et de l'imagination. Faire un traité sur une matière. Faire un livre. Faire une histoire. Faire l'histoire d'un pays, d'un événement. Faire un récit, une description. Faire une requête, un mémoire. Faire une apologie. Faire un manifeste. Faire un poëme, une tragédie, une comédie. Faire des vers, de la prose. Faire un discours. Faire un article de journal. Un écolier qui fait son thème. Faire un acte, un exploit, un procès-verbal. Faire une ordonnance, une loi. Faire un morceau de musique, une ouverture, une valse, des variations, etc.
- Fam., C'est une nouvelle, une histoire, un conte fait à plaisir, C'est une nouvelle, une histoire fausse, controuvée, un conte où il n'y a rien de vrai. Ce que vous nous dites là est un conte fait à plaisir.
- FAIRE, se dit, dans un sens beaucoup plus général, en parlant De tout ce qu'un sujet opère, effectue, exécute, accomplit, etc., soit dans l'ordre physique, soit dans l'ordre moral. Le ciel fit un miracle en sa faveur. Faire une opération de chirurgie. Faire une cure. Faire une expérience. Faire une blessure. Faire du mal à quelqu'un. Faire un mouvement, un saut, un salut, un signal. Faire place. Faire attention. Faire silence. Faire du bruit. Faire un bon repas. Faire une fête, des réjouissances. Faire de la musique. Faire une entreprise. Faire des affaires. Faire bien ses affaires. Faire banqueroute. Faire naufrage. Faire la guerre. Faire des prisonniers, une prise, des conquêtes. Faire la paix, une trêve. Faire alliance. Faire un traité, un marché. Faire une promesse, un serment. Faire un mariage. Faire un achat. Faire achat. Faire un envoi. Faire une perte. Faire des dettes. Faire la moisson, la vendange, les foins. Faire la quête. Faire une prière, sa prière. Faire des voeux. Faire mention de quelqu'un, de quelque chose. Faire usage d'une chose. Faire la lecture d'un discours. Faire la lecture à quelqu'un. Faire une bonne, une mauvaise action. Faire une bonne oeuvre, une oeuvre de charité. Faire le bien. Faire le mal. Faire la charité, l'aumône. Faire un acte de courage. Faire des bassesses. Faire une faute, un crime. Faire une injustice. Faire injustice. Faire justice. Faire une faute de langue. Faire un barbarisme, un solécisme. Faire pièce. Faire une niche. Il l'a fait par mégarde. Il l'a fait exprès. Faire une incartade, une folie, un coup de tête. Faire la débauche. Faire l'amour. Faire cas de quelqu'un. Faire pour quelqu'un une chose qui lui soit agréable. Faites-moi ce plaisir. Que vous ai-je donc fait ? Faire des civilités, des excuses. Faire des difficultés, des façons. Faire des caresses, des amitiés. Faire accueil. Faire honneur. Faire grâce. Faire quartier. Faire don, donation. Faire défense. Faire commandement. Faire des plaintes, des remontrances. Faire résistance. Faire bonne contenance. Faire semblant de dormir. Ne faire semblant de rien. Faire mine de vouloir s'en aller. Etc. On le dit également Des choses. Le bruit que fait le tonnerre. La mine fit explosion. Un volcan qui fait éruption. Un corps qui fait impression sur un autre. La grêle a fait du dégât. Cet ouvrage fait autorité. Cet événement fera époque dans notre histoire.
- Cette muraille fait le coude, Elle forme un coude, un angle. Sa maison fait face à la mienne, Elle est en face de la mienne. Ce tableau fait pendant à tel autre, Il sert ou peut servir de pendant à tel autre. Etc.
- Aux Jeux de cartes, Faire les cartes, faire une levée, faire la main, faire sa main. Au Billard, Faire une bille au même, faire un carambolage. Au Trictrac, Faire une case, un jan. À divers jeux, Faire tant de points, Gagner tant de points. Faire le jeu, Mettre les enjeux. Etc.
- Prov., fig. et pop., Faire ses orges, faire bien ses orges, Faire son profit, faire bien ses affaires. Il se dit ordinairement en mauvaise part.
- Fam., Faire des siennes, Faire des folies, des fredaines, des tours, soit de jeunesse, soit de friponnerie. Ce jeune homme a bien fait des siennes. Vous avez fait des vôtres. Ils ont fait des leurs.
- Faire quelque chose pour quelqu'un, Lui accorder ou lui faire obtenir quelque chose. Maintenant qu'il est en place, il fera sans doute quelque chose pour sa famille. Il n'a rien voulu faire pour moi, quoique cela lui eût été facile. On dit de même, La nature a tout fait pour lui, en parlant De celui qui a de très-heureuses dispositions.
- Fam., N'en rien faire, Se garder de faire la chose dont il s'agit, ne pas la faire. On voudrait qu'il partît, il est bien déterminé à n'en rien faire. Vous avez beau dire, je n'en ferai rien.
- Elliptiq. et fam., Se laisser faire, se dit D'une personne qui ne se défend pas, qui n'oppose point de résistance. On se jeta sur lui pour le battre, et il se laissa faire. Son tuteur l'a marié, il s'est laissé faire.
- FAIRE, se dit particulièrement De certaines fonctions de guerre. Faire sentinelle. Faire faction. Faire la garde. Faire guet et garde. Faire le guet. Faire la ronde. Faire la revue d'une armée. On dit dans un sens analogue, en termes de Marine, Faire le quart, faire bon quart.
- FAIRE, se dit aussi particulièrement, en parlant Des choses qui marquent Espace et étendue, et qui s'exécutent et s'accomplissent par le mouvement d'un lieu à un autre. Faire des pas. Faire un tour d'allée, un tour de promenade, le tour de la ville. Faire une lieue à pied. Faire route. Faire voile pour un endroit, vers un endroit. Faire des allées et venues. Faire une course, un voyage, un long trajet, un grand circuit. Cette planète fait sa révolution en tant de jours. Un homme qui fait deux lieues par heure, qui fait tant par heure, qui fait plus de chemin en une heure qu'un autre en deux. Notre bâtiment faisait tant de noeuds à l'heure.
- Fig. et fam., Faire son chemin, Parvenir, obtenir de l'avancement, s'enrichir, etc. Il a su faire son chemin. Il a bien fait son chemin. On dit de même, Il a bien fait du chemin en peu de temps. On dit aussi, Faire des progrès, Avancer, s'étendre, se développer, etc. Faire beaucoup de progrès dans ses études. Le mal fait des progrès.
- En termes de Marine, Faire le nord, faire le sud, Naviguer au nord, au sud. On dit aussi, Faire côte : voyez CÔTE.
- FAIRE, signifie aussi, Disposer, arranger, mettre dans l'état convenable. Faire une chambre. Faire un lit. Faire la couverture. Faire la barbe. Faire les cheveux. Faire ses ongles, ou Se faire les ongles. Faire le poil. Faire le crin à des chevaux. Faire un jardin. Faire des terres. Faire les vignes.
- Prov. et fig., Faire le bec à quelqu'un, L'instruire de tout ce qu'il doit dire et répondre.
- FAIRE, en parlant D'argent ou des autres choses dont on a besoin de se pourvoir, signifie, Amasser, assembler, mettre ensemble. Il tâche de vous faire quelque argent. Voilà tout l'argent qu'il a pu faire, tout ce qu'il a pu faire d'argent. Faire une somme. Faire des provisions. Faire ses provisions. On dit dans un sens analogue, en termes de Marine, Faire les vivres, faire du bois, faire de l'eau, faire aiguade. La phrase, Faire eau, sans l'article, se dit, dans un sens très-différent, D'un bâtiment qui a une ou plusieurs voies d'eau. Le navire faisait eau de toutes parts.
- Il signifie également, Gagner, acquérir. Faire une bonne recette. Ce directeur fait à peine ses frais. Faire une grande fortune. Se faire des rentes, des revenus. Se faire un petit bien-être. On dit dans un sens analogue, Faire une bonne maison.
- FAIRE, en parlant De troupes, signifie, Lever, mettre sur pied. Faire des hommes. Faire un régiment. Faire une compagnie. Faire des cavaliers. Faire de beaux hommes. Ces premières phrases vieillissent ; mais la suivante est encore usitée : Faire des recrues. On dit aussi, Faire la maison d'un prince, d'un grand seigneur. Ce prince n'a pas encore fait sa maison.
- FAIRE, signifie encore, Employer ses forces, ses talents, l'activité de son esprit a quelque chose ; s'en occuper, y passer son temps. Faire un travail. Faire sa besogne. Il fait plus de besogne en une heure qu'un autre en deux. Il n'a rien fait de toute la journée. Il est toute la journée à ne rien faire. Il ne peut plus rien faire. Faire tout ce qu'on peut. Faire tous ses efforts. C'est un homme qui ne trouve rien de difficile à faire. Tout ce qu'il fait, il le fait bien. Il est tout entier à ce qu'il fait. Il travaille bien, mais il est lent à ce qu'il fait. Il me reste peu de chose à faire. Avez-vous bientôt fait ? Dès que j'aurai fait, je suis à vous. Que ferez-vous tantôt ? Que faites-vous aujourd'hui ? Je n'ai rien à faire. Que fait-il maintenant à la campagne ? Je suis en peine de ce qu'il peut faire tout le long du jour. (Voyez, vers la fin de l'article, l'emploi analogue de FAIRE, neutre.)
- C'est un homme à tout faire, C'est un homme capable de tout. Il se prend ordinairement en mauvaise part.
- Fam., Ne faire oeuvre de ses dix doigts, Ne rien faire du tout, ne point travailler.
- Prov., On ne peut faire qu'en faisant, Il y a des choses qui demandent un certain temps pour être bien faites.
- Fam., C'est un faire le faut, C'est une chose qu'il faut absolument faire.
- Je ne puis, je ne sais que faire à cela, C'est une chose où je ne puis rien. Je n'y saurais que faire. Que voulez-vous que j'y fasse ? Je n'y puis apporter de remède, cela ne dépend pas de moi.
- Ne faire que... Ne travailler, ne s'occuper qu'à une certaine chose, n'en pouvoir faire d'autre, ou ne vouloir pas, ne pas chercher à en faire d'autre. Il ne fait que ce qu'on lui dit. Cet ouvrier ne fait jamais que cela. Je ne fais ici qu'obéir. Je ne fais qu'exécuter les ordres que j'ai reçus. Il signifie également, Être toujours ou presque toujours à faire une certaine chose. Il ne fait que jouer, qu'étudier, que dormir, qu'aller et venir, etc.
- Fam., Ne faire que croître et embellir, se dit D'une jeune personne qui devient tous les jours plus grande et plus belle. Cette jeune fille ne fait que croître et embellir. On le dit, par plaisanterie, De certaines choses qui augmentent, soit en bien, soit en mal. Il se débauche tous les jours de plus en plus, cela ne fait que croître et embellir.
- Ne faire que... se dit quelquefois en parlant D'une action instantanée qui est immédiatement suivie de son résultat ou d'une autre action, d'un fait quelconque. Je ne fis que le toucher, et il tomba. Il n'a fait que paraître dans l'assemblée, et s'est retiré aussitôt. Il n'a fait que paraître et disparaître. Il ne fit qu'entrer et sortir. Attendez-moi, je ne fais qu'aller et revenir.
- Ne faire que de sortir, que d'arriver, que de s'éveiller, etc., N'être sorti, arrivé, éveillé, etc., que depuis très-peu de temps.
- FAIRE, signifie aussi, Observer, mettre en pratique ; et, dans ce sens, il se dit en parlant Des choses qui sont d'obligation et de précepte. Faire ce que Dieu ordonne. Faire la volonté de Dieu. Faire ce qui est de son devoir. Faire son devoir. Il n'a fait que son devoir. Faire la pénitence qui est imposée. Faire ses Pâques. Faire gras. Faire maigre. Faire diète.
- Faire une fête, La célébrer. Faire les Rois, la Saint-Jean. Faire la Cène.
- FAIRE, dans le même sens, se dit aussi De l'exécution et de la pratique de certaines choses qu'on est obligé ou comme obligé d'accomplir, d'achever, de terminer en un certain temps. Faire la quarantaine. Faire quarantaine. Un écolier qui fait son cours de philosophie. sa philosophie. Un ouvrier qui fait son apprentissage. Un apprenti qui a fait son temps. Faire un noviciat. Faire une neuvaine.
- FAIRE, se dit également en parlant Des différentes professions qu'on embrasse, et des différents emplois, des différents métiers qu'on exerce. Faire profession des armes. Faire la profession d'avocat. Faire profession de la médecine. Faire la médecine. Faire sa charge avec dignité. Faire les fonctions de maître des cérémonies. Faire un métier. Il ne sait pas faire son métier. Faire le commerce, la banque, la commission. Faire la cuisine, l'office.
- Faire profession, et Faire métier, se disent encore dans d'autres sens propres et figurés qu'on indiquera aux mots MÉTIER et PROFESSION.
- Dans l'Église catholique, Faire le diacre, faire le sous-diacre, Faire les fonctions de diacre, de sous-diacre.
- En termes de Peinture, Faire l'histoire, faire le portrait, faire les animaux, etc., Peindre l'histoire, le portrait, etc. Ce peintre ne fait que le paysage.
- FAIRE, signifie en outre, Représenter ; et il se dit en parlant Des différents personnages que les comédiens représentent sur le théâtre. Faire un personnage dans une comédie. C'est un bon acteur, il fait bien son personnage. Faire les rois, les amoureux. Cet acteur fait le roi, fait l'amoureux dans telle pièce. Dans cette représentation, il a fait Cinna. Elle a fait Hermione. Ce sens vieillit ; on dit plus ordinairement et mieux, Jouer.
- Faire tel ou tel personnage, signifie quelquefois, par extension, Se donner pour avoir telle ou telle qualité. L'un devait faire le maître et l'autre le valet. Il fit très-bien son personnage. On dit aussi figurément, Faire un sot personnage, un plat personnage, etc., Figurer d'une manière désagréable ou peu honorable parmi d'autres personnes, ou dans une affaire, être d'une grande nullité, etc.
- FAIRE, se dit encore, par extension du sens précédent, De quiconque cherche à paraître ou feint d'être ce qu'il n'est pas ; et, dans cette acception, il se construit toujours avec un substantif, ou avec un adjectif pris substantivement. Faire le grand seigneur. Faire l'homme de bien. Faire le dévot. Faire l'homme d'importance. Faire l'habile. Faire le capable. Faire l'entendu. Faire le fin. Faire l'affligé. Faire le malade. Faire le mort. Faire le sourd. Faire le fou.
- Il signifie également, Mettre de l'affectation à se montrer avec telle ou telle qualité. Faire le généreux, le magnifique. Faire l'aimable, le galant auprès des dames. Faire l'empressé. Faire le gentil. Faire le beau.
- Il signifie souvent, Se donner certains airs, prendre certaines manières. Il veut faire le maître ici. Il fait l'impertinent. Il fait le fanfaron. Il fait le diable à quatre. Un petit garçon qui fait le mutin, l'entêté. Faire la sotte. Faire l'enfant. Faire le difficile. Faire l'exigeant. Faire le dégoûté.
- FAIRE, signifie aussi, Donner à une personne ou à une chose une qualité quelconque, la mettre dans un certain état. Sa dot la fait belle aux yeux de bien des gens. On les a faits tous pareils. Ce peintre fait en général les visages trop pâles. Vous avez fait cela bien gros, bien long, bien mince, bien court, etc. Cela le fera bien aise. Cela l'a fait beaucoup plus malade qu'il n'était. C'est à peu près dans le même sens qu'on dit : Faire les yeux doux, les doux yeux. Faire bonne mine, bon visage à quelqu'un. Faire mauvaise mine, grise mine. Faire contre fortune bon coeur. Faire patte de velours. Etc. (Voyez, vers la fin de l'article, un emploi analogue de FAIRE, joint au pronom personnel.)
- Fig. et fam., Faire maison nette, Chasser tous ses domestiques.
- Faire quelqu'un dupe, Le tromper. Il m'a fait dupe. Il m'a fait sa dupe.
- En termes de Finances, Faire les deniers bons, Se rendre garant du payement d'une somme. Cette locution a vieilli. Au Jeu, Faire bon, Répondre qu'on payera ce qu'on perdra au delà de ce qu'on a au jeu. Faire bon partout. Faire bon de tout.
- FAIRE, dans le sens qui précède, se dit plus particulièrement, lorsqu'on parle Des personnes, par rapport Aux professions, aux titres, aux dignités, etc. ; et alors il est suivi d'un substantif. Il a fait son fils avocat, médecin. Sa mère l'a faite couturière. Le roi l'a fait chevalier de la Légion d'honneur. Il a été fait conseiller d'État, maréchal, pair, duc, etc. On l'emploie aussi, dans cette acception, avec le pronom personnel. Se faire prêtre, avocat, etc. Se faire catholique. Se faire mahométan. Se faire chef de parti.
- Prov. et fig., L'occasion fait le larron, Souvent l'occasion fait faire des choses répréhensibles, auxquelles on n'aurait pas songé.
- FAIRE, se construit fort souvent avec la préposition de ou avec un équivalent, soit dans l'